Chaque printemps, la déclaration de revenus ramène son lot de questions pour les retraités. L’abattement de 10 % sur les pensions est-il toujours en vigueur ? Le montant a-t-il changé ? Faut-il faire une démarche pour en bénéficier ? En 2026, la réponse est simple : le dispositif est maintenu, revalorisé, et il s’applique toujours automatiquement. Mais quelques points méritent qu’on s’y attarde, surtout si vous approchez des seuils ou si vous cumulez plusieurs types de revenus.
Comment fonctionne l’abattement de 10 % sur les pensions en 2026 ?
Ce mécanisme existe depuis la fin des années 1970. Il a été créé en miroir de la déduction forfaitaire pour frais professionnels des salariés. Concrètement, l’administration fiscale déduit automatiquement 10 % du montant total de vos pensions avant de calculer votre impôt sur le revenu. Ce n’est ni une prime ni un crédit d’impôt : c’est une réduction directe de votre base imposable.

Prenons un exemple. Si vous déclarez 24 000 € de pension annuelle, l’abattement retire 2 400 €. Votre revenu imposable tombe à 21 600 €. Simple, mais deux bornes encadrent ce calcul.
Première borne : un plancher de 454 € par pensionné. Si vos pensions annuelles sont inférieures à 4 540 €, vous bénéficiez quand même d’une déduction minimale de 454 €, même si 10 % de vos revenus serait inférieur à ce montant.
Deuxième borne : un plafond de 4 439 € par foyer fiscal. Au-delà de 44 390 € de pensions cumulées, l’avantage n’augmente plus. Ce plafond est commun au foyer, pas par déclarant. Pour un couple de retraités aux revenus confortables, cela change sensiblement le calcul.
Ces montants concernent les revenus 2025, déclarés au printemps 2026. Ils ont été revalorisés de 0,9 % par rapport à l’année précédente.
Qui peut en bénéficier et quels revenus sont concernés ?
Tous les retraités percevant une pension de régime obligatoire y ont droit sans exception : Assurance retraite, AGIRC-ARRCO, MSA, fonction publique, pensions d’invalidité, rentes viagères à titre gratuit (comme une rente successorale). Aucune démarche à faire : l’abattement figure directement sur votre déclaration pré-remplie.
En revanche, certains revenus en sont exclus :
- l’ASPA (allocation de solidarité aux personnes âgées) ;
- les rentes d’accidents du travail ;
- certaines allocations de veuvage ;
- les capitaux issus d’un Plan d’Épargne Retraite (PER) ;
- les rentes viagères à titre onéreux (issues d’un PER ou d’une assurance-vie).
Ces dernières suivent un régime distinct : un abattement proportionnel basé sur l’âge du bénéficiaire au premier versement. Par exemple, 70 % avant 50 ans, 50 % entre 50 et 59 ans, 40 % entre 60 et 69 ans, 30 % à partir de 70 ans (article 158, 6° du CGI).
La réforme avortée de 2026 : ce qui s’est vraiment passé
Le gouvernement avait inscrit dans le projet de loi de finances 2026 un article visant à remplacer l’abattement proportionnel de 10 % par un forfait fixe de 2 000 €. L’argument : les retraités n’ont plus de frais professionnels, cet avantage ne se justifie plus.
Le calcul a été brutal pour les classes moyennes. Le rapporteur général du budget a chiffré que 39 % des pensionnés auraient été perdants, contre seulement 12 % de gagnants. La hausse d’impôt débutait dès 1 667 € de pension mensuelle. Environ 500 000 personnes non imposables seraient même devenues redevables de l’impôt sur le revenu.

L’Assemblée nationale a rejeté la mesure le 13 novembre 2025 par 213 voix contre 17, un vote transpartisan rare sur un sujet budgétaire.
Le budget 2026 a ensuite été adopté via le 49.3 en janvier sans cette mesure. Résultat : l’abattement de 10 % reste en place, sans plafonnement réduit ni remplacement.
Un second avantage pour les retraités modestes de plus de 65 ans
Au-delà de l’abattement de 10 %, un autre dispositif existe pour les seniors aux revenus modestes. Il s’agit de l’abattement spécial pour personnes âgées ou invalides (article 157 bis du CGI). Il est maintenu, revalorisé de 0,9 % en 2026, et surtout cumulable avec l’abattement de 10 %.
Concrètement, si vos revenus ne dépassent pas certains seuils, vous pouvez bénéficier d’une déduction supplémentaire. Ce cumul peut permettre à certains foyers de rester non imposables. Mais attention : une revalorisation de pension, même minime, peut vous faire perdre partiellement ou totalement cet avantage si vous frôlez les limites.
Le tableau ci-dessous résume les deux mécanismes applicables en 2026 :
| Dispositif | Montant 2026 (revenus 2025) | Conditions |
|---|---|---|
| Abattement forfaitaire de 10 % | Plancher 454 €/pensionné, plafond 4 439 €/foyer | Tous les retraités, sans condition d’âge ni de ressources |
| Abattement spécial (art. 157 bis) | Revalorisé de 0,9 % | Personnes de plus de 65 ans ou invalides, sous condition de ressources |
Ce qu’il faut vérifier avant votre déclaration de printemps 2026
Quelques points méritent une vigilance particulière :
- Vérifiez le montant pré-rempli : l’administration applique l’abattement automatiquement, mais une erreur de saisie sur votre déclaration peut fausser le calcul.
- Ne confondez pas montant perçu et montant imposable : utilisez les indications du relevé de votre caisse de retraite, pas le montant net versé.
- Si vous approchez des seuils de l’abattement spécial, simulez votre situation sur impots.gouv.fr avant de valider. Une revalorisation de pension peut faire basculer votre foyer dans une tranche où l’avantage disparaît.
- Les rentes issues d’un PER ou d’une assurance-vie ne suivent pas le même régime. Si vous avez ce type de revenu, déclarez-le dans les cases prévues (1AS à 1DS) et ne comptez pas sur l’abattement de 10 %.
Un point de vigilance pour les couples de retraités
Le plafond de 4 439 € est commun au foyer, pas par déclarant. Pour un couple où chaque conjoint perçoit une pension, l’abattement total ne dépasse pas ce plafond, même si chaque pension dépasse 44 390 €. Concrètement, si vous êtes deux retraités avec des revenus confortables, l’avantage est plafonné une seule fois. C’est un point souvent oublié dans les simulations en ligne.
Dans ce cas, l’abattement de 10 % reste intéressant, mais son impact est moins fort que pour un retraité seul. Si vos pensions cumulées dépassent 44 390 €, vous atteignez le plafond et l’avantage n’augmente plus.
Ce que vous devez faire concrètement
Rien, dans la majorité des cas. L’abattement est automatique. Mais si vous avez plusieurs sources de revenus (pension de réversion, rente viagère, capital PER), vérifiez que chaque type de revenu est bien déclaré dans la case prévue. Une erreur d’aiguillage peut vous faire perdre l’abattement ou, pire, vous exposer à un redressement.
Pour les retraités modestes, l’enjeu est ailleurs : ne pas laisser passer l’abattement spécial si vous y avez droit. Il est cumulable avec l’abattement de 10 %, mais il dépend de vos revenus totaux. Si vous frôlez les seuils, un simple ajustement (comme le versement sur un PER) peut suffire à rester éligible.
Enfin, gardez en tête que ce dispositif reste fragile politiquement. La tentative de réforme de 2026 a échoué, mais le débat n’est pas clos. Le gouvernement pourrait revenir à la charge dans les prochains budgets. Pour l’instant, le statu quo est maintenu. Mais rien ne garantit qu’il le restera.



